Mercredi 11 avril 2007
LES 'CHOSES' ONT-ELLES UN SENS ?
 
 
Ceux qui suivent savent donc maintenant que pour avoir du pouvoir il faut en avoir à donner afin d'en recevoir à nouveau. Toute situation ne reposant pas sur ce principe n'est due à rien d'autre que la manipulation communément dénommée, par les hommes, escroquerie. Ca marche mais, à la longue, ça condamne à ce qu'implique toute situation de non nécessité d'existence : la disparition.
L'humanité cavale dans cette direction ... à force de prendre à notre planète sans rien lui donner en échange, cette dernière deviendra invivable pour nos descendants.
Dans le schéma actuel, la fin de l'homme est à peine une question de siècles.
Et après nous, la Terre s'organisera autrement. Ne s'est-elle pas déjà très bien passé des dinosaures ?
 
Mais ce schéma de nécessité d'existence ne serait pas complet sans sa propre contrepartie : la condition d'existence que certains appellent l'équilibre et d'autres le chaos.
Aparté : ça devient plus musclé et ceux qui le désirent peuvent retourner à leurs bandes dessinées ou leurs romans-photos et revenir plus tard.
Nous, pour mettre tout le monde d'accord, nous parlerons de pseudo-rupture d'équilibre (PRE) qui, quel que soit le nom qu'on lui donne, est conditionnée par quatre interactions quantiques fondamentales.
Soit, en schématisant et pour pas vous emmerder avec trop de physique :
- l'interaction gravitationnelle qui s'exerce entre toutes les composantes du monde macroscopique et d’influence négligeable au niveau des particules,
- les interactions électromagnétiques qui lient les électrons au noyau des atomes, imposent aux atomes le partage de ces électrons dans la construction moléculaire et poussent les molécules à se combiner en chaînes … dont l’ADN, matrice de la vie,
- les interactions faibles règlent la désintégration de particules instables en particules plus stables,
- les interactions fortes qui n’agissent que sur les particules massives, protons et neutrons, et les maintiennent réunis. Ca marche aussi pour les quarks …
En bref, tout l’univers s’est construit à partir de seulement quatre forces fondamentales et trois sortes de particules, les quarks, les leptons et les gluons. C’est si simple …
Ce qui, sans chercher plus loin que le bout de son nez, revient à dire que l'existence de toute chose est la conséquence d'un mouvement qui équilibre perpétuellement un état en réaction à un autre mouvement.
 
Encore trop compliqué ?
 
Une "chose" ne peut exister que si elle est à la fois le contenu et le contenant d'autres "choses" mouvantes. C'est à dire que même si vous pensez être immobile, vous ne l'êtes pas. Vous ne me croyez pas ?
Imaginez-vous tout nu assis dans la position du lotus au milieu du salon ... tout est stable, immobile, tangible, calme et rassurant vous dites-vous. Oui mais ... votre salon est sur la Terre qui, le temps de penser ça, s'est déplacée dans l'espace. Ca fait que, le temps d'un soupir, vous n'êtes plus dans la même petite portion d'univers que l'instant d'avant. Et puis :
- mine de rien vous venez de perdre quelques neurones et ça se comprend,
- des milliards de particules qui vous composent dansent un ballet effréné et ça j'y suis pour rien,
- quelques milliards de cochonneries ont envahi votre organisme et quelques milliards d'autres en ont été expulsées,
- vous avez dégagé de l'énergie,
- l'air ambiant s'est réchauffé d'autant,
- votre respiration en a modifié les flux,
- etc.
C'est à dire que, sans ciller, vous avez subit et généré des milliards de mouvements. Ce qui est rassurant, c'est que ce sont toutes ces interactions qui font que vous existez.
Supprimez-en une seule et, au mieux vous êtes mort, au pire vous êtes moins qu'une coulure à travers une moquette qui n'existe pas, que vous n'êtes donc qu'un rien au milieu de rien.
Maintenant, pour aller là où je veux vous emmener, j'aurais pu employer un exemple plus simple. Par exemple, le petit dernier qui vous demande : "qu'est-ce que tu fais papa tout nu au milieu du salon ?" et le moutard d'insister lourdement sur le sujet vu qu'avant de me lire vous n'aviez jamais fait quelque chose d'aussi con.
Réactions :
- agacé, au bout d'un moment, la baffe part comme un corbeau végétarien devant un hérisson écrasé,
- le gamin pousse un hurlement à faire croire qu'on vient de lui ranger tous ses legos dans le popotin,
- votre femme, énervée par cette alerte à l'égorgement, vous agonit d'un : "Sale brute ! Tu ne comprendras jamais rien aux enfants, mouche ton nez mon chéri, NON ! PAS DANS MA ROBE ! TIENS, PREND CA, CA T'APPRENDRA ... ".
- PAF !!!
- le morveux hurle derechef et s'enfuit dans la rue ...
- regrettant votre acte barbare et houspillant votre femme pour le sien, vous suivez votre progéniture, penaud ...
- un courant d'air, la porte claque ...
- vous êtes toujours tout nu mais "enfermé" dans la rue sous le regard narquois bien qu'approbateur de la jolie voisine que ne peut pas encadrer Germaine ...
- la police, appelée par des voisins sympas qui ne lisent pas la PhiloCon, arrive ...
- faute de poches, vous n'avez pas de papiers ...
 
Toutes ces situations constituent des pseudo-ruptures d'équilibre qui sont compensées par une réaction inverse qui génère une nouvelle pseudo-rupture d'équilibre et ainsi de suite le tout faisant que vous existez.
Pour marcher, il faut mettre un pied devant l'autre ... essayez de vous arrêter alors que vous avez un pied en l'air et je vous garanti un bon cassage de gueule.
 
Bah oui ... bah oui !
 
Vous avez compris qu'on ne maîtrise finalement pas grand-chose : l'intelligence, nous ne sommes pas égaux le jour de la distribution, avec la PRE (dont découle l'influence) on ne maîtrise rien et le pouvoir on fait ce qu'on peut. Alors, qu'est-ce qui nous reste ?
 
COMPRENDRE.
 
Et, de ce fait, développer notre intelligence. Accepter la PRE et, à l'aide du pouvoir, essayer d'agir sur "les choses" en retrouvant un semblant d'indépendance, au moins intellectuelle.
 
Par exemple, comme nous l'avons déjà vu, rentrez dans la gueule à quelqu'un et il va immédiatement réagir de même : normal, vous essayez de lui prendre du pouvoir et la PRE l'incite à refuser ce fait. Quelque part au fond de lui il y a quelque chose qui dit au monsieur qu'il lui faut un minimum de pouvoir pour vivre.
 
Au contraire, à l'aide d'un compliment, donnez-lui une bonne grosse nécessité d'existence et il va vous le rendre par une certaine affection à votre égard. Car la même chose au fond de lui l'incite à aller vers ce qui est bon pour lui.
 
Amis bambins qui me lisez en douce comme vous regardez le porno sur Canal, essayez, la prochaine fois que maman vous gronde, de lui rétorquer : "oui, ma petite maman chérie, je ne recommencerai pas parce je t'aime très fort" le tout agrémenté du sourire de celui qui vient de manger sa purée dans un tiroir de commode. Au pire elle vous serrera sur son cœur en lâchant un "mon poussin ..." lascif ; au mieux elle vous garde au lit trois jours avec de la glace sur le front et c'est toujours ça de gagné sans taper sur le thermomètre pour le faire grimper afin d'éviter l'école.
 
Le plus génère le plus, le moins génère le moins.
 
Vous le savez bien, bande de sournois qui, arrêtés par un flic, avez tendance à le complimenter sur la bonne mine de sa proéminences braguettaire (impossible de complimenter un flic sur son intelligence) pour éviter la prune qui se prépare et d'avoir ensuite à expliquer à Germaine pourquoi vous étiez à cette heure là sur la route de chez Raymonde.
 
Quand on a compris cela, on détient le secret (dans un monde intelligent) de la guerre et de la paix. En admettant que l’autre, en face, ne puisse pas nous taper dessus, par la menace et le dédain au pire on n’obtient rien, au mieux on obtient le minimum. Par l'amour et la prise en compte de l'autre on obtient toujours le maximum.
 
Et puis, il y a ce qui ressemble à une troisième option : le rien. En fait, un semblant de rien, un semblant d'immobilité qui, comme nous l'avons vu, ne peut pas exister. Ne manifestez rien à quelqu'un, insistez bien et, très vite, il aura un puissant sentiment de non nécessité d'existence. Ce problème, vous le savez maintenant, la PRE le résout (comme tout le reste) de deux manières possibles : la disparition ou la réaction. Simplement, dans ce cas, la réaction est toujours violente.
Donc, lorsque quelqu'un se suicide ou se révolte, ne vous posez pas la question "pourquoi ?". La réponse est toujours la même : il n'avait plus le sentiment de pouvoir exister, plus personne de qui recevoir, plus personne à qui donner.
Par contre, si c'est un homme politique retrouvé noyé dans dix centimètres d'eau avec une balle dans la nuque, ses confrères et les journalistes qui vous annoncent droit dans les yeux qu'il s'est suicidé vous mentent. C'est aux premiers que sa nécessité d'existence commençait à poser un problème, quand aux seconds, à force de coup de pieds au cul, on leur fait dire ce qu'on veut ...
 
Ainsi va l'existence dans laquelle rien n'est gratuit et qui consiste donc, à chaque moment, à prendre et à donner, à rendre et à recevoir. Oubliez trop vite que la vie est un yo-yo qui monte et qui descend sans cesse, ignorez que l'on ne peut prendre sans contrepartie, et vous êtes mort.
 
Les actes qui semblent les plus gratuits sont en fait les plus rémunérateurs et quiconque pratique la charité ne pourra jamais vous dire le contraire. L'argent n'a jamais été prévu par la nature comme une rémunération alors que l'affection est la plus grande de toute ... et l'emporte d'ailleurs le plus souvent sur le fric. Si l'on peut éventuellement "acheter" une femme avec de l'argent, ce n'est jamais avec cet argument que vous pourrez la séduire.
Donc, toute action a un sens : soit elle nous élève, soit elle nous diminue, avec toujours en filigrane la notion de contrepartie obligée qui nous permet, à nous, de continuer à vivre et à l'espèce de se perpétuer.
 
Pour résumer, notre vie oscille entre prise et cession de pouvoir qui, toutes deux, nous rendent également "nécessaires" tant que ces pseudo-ruptures d'équilibre se situent entre un alpha (le tout) et un omega (rien) qui, par leurs tendance à l'impossible immobilité, représentent des points de rupture propices à la disparition (qui ne constitue en fait qu'une "transformation" parfaitement démontrée par la physique quantique).
Percevoir cela, c'est comprendre son environnement, les implications de nos actes et la nature de notre relationnel avec les autres. Les rapports "ennemis" sont toujours engendrés par une relation de prise de pouvoir abusive d'un côté ou de l'autre. Inversement, les rapports "amis" découlent toujours de situations de partage équitable d'intérêts communs.
 
C'est tellement simple.
 
Si seulement j'avais été foutu de l'exprimer tout aussi simplement !
Par Jean-Jacques Brissiaud
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